16 avril 2012

Concours ENS 2012 : HEY HO LET'S GO

JOURNÉE 1 :

8h30 : 2012, on prend (presque) les mêmes, un shaker, on mixe le tout et voilà un nouveau cru aussi frais que le Beaujolais ! Cette année, l'action se déroule à Arcueil, ce qui ménage nos narines et notre sensiblerie, vu qu'il n'y a que la rue à traverser avant d'atteindre ces magnifiques bâtiments colorés (jaune, bleu, violet). Osons le dire: je n'ai croisé presque personne. Que sont devenus les gens ? La semaine de révisions en aurait donc tué quelques uns ? Morts ensevelis sous les posts-its ? Endormis devant un documentaire sur la reproduction des mygales d'Amazonie ? En train de vomir leurs tripes parce qu'ils regardent les 10 pires cadavres retrouvés sur l'Everest ? Etouffés par un spéculum parce qu'ils voulaient voir comment ça marche ? Ou juste ... fatigués ? (si tu as une kassdédi : estime-toi heureux.)
8h45 : il fallait une idiote qui se trompe d'étage. B6, c'est bâtiment B, 6e étage. Après avoir fait le tour du 5e, l'évidence s'impose; il faut aller plus haut (non, ne chantez pas). Décidément, les chiffres et moi...
8h50 : On me demande si je ferai ma chronique. Toujours à votre service.
8h52: Je m'installe. Trousse jaune, porte-bonheur japonais et marocain au fond du sac, pom'potes et eau pour survivre en cas d'attaque terroriste / d'incendie / de faim tenace. Je suis prête.
8h53 : c'est beaucoup moins drôle d'être dans une salle de 100 que dans un hangar de 2000. L'an dernier, on sentait mieux le stress, ça faisait plus film américain pourri. Là, ça fait ... bah ça fait rien.
9h04 : le sens du timing transcende les années. Et ça, c'est beau.
9h04 toujours : Je ne sais pas encore lire à l'envers. Il me reste cinq épreuves pour développer un regard de Superman. Baudelaire, Ecrits sur la littérature : "La poésie est essentiellement philosophique, mais [..] elle doit être involontairement philosophique."
9h05 : Pourquoi ? Pourquoi tant de haine ? Pourquoi nous faire souffrir autant ? POURQUOI ?
9h06 : Et puis d'abord, c'est quoi la philosophie ? Je m'appelle pas Heidegger.
9h07 : On va dire que je maitrise Baudelaire. C'est mon besta tu peux pas test. True story.
9h30 : Mes idées sont dans la poche.
10h00 : ainsi que le plan.
10h30 : et l'intro. Tout est possible, tout est réalisable, c'est le jeu de la vie. Phrase philosophique, si je la mettais en rimes ? Je pourrai m'auto-citer : "Comme l'affirme la célèbre M....." CLASSE. Ou pas.
11h00: Et désormais; le plus impressionnant, le plus beau, le plus incroyable : je rédige.
11h02 : Mais avant, petit regard circulaire sur mes voisins. Ma voisine de devant en diagonale a une tête de peste. En plus elle se fout de la gueule de la surveillante (une dame avec des grosses lunettes façon Trelawney et un pull rose de toute bôté). Mais bon, ça c'est drôle.
11h05 : les premiers peuvent partir, mais personne ne part. Est-ce une cuvée de génies prométhéens ?  (c'est le moment d'admirer ma capacité à ressortir les thématiques d'Alcools et de La recherche de l'absolu. car oui, j'ai tout cité, même Balzac.)
11h06 : Au fond, rien ne m'oblige à rédiger. Si je veux passer ma vie à manger des chamonix (j'en mets partout, mes copies vont encore être le reflet de mes encas ) et des pom'potes, je peux. Et c'est volontairement philosophique comme attitude. Baudelaire, in your face.
12h15 : Quand même, une désespérée. Je commençais à douter d'être à un concours. (moi, méchante ? Jamais.)
12h30 : et bien, j'ai officiellement fini mes deux premières parties et il me reste plus de deux heures. j'écris beaucoup trop vite et j'ai de l'encre partout. "Smart is the new sexy", on se motive comme on peu, car j'ai l'air d'une écolière perdue au milieu de la dictée faite par Prosper Mérimée à la demande de la femme de Napoléon (75 fautes pour l'empereur, 24 pour Dumas fils... Outch. C'était la minute culture.)
13h00 : j'attaque la troisième partie après relecture attentive et soulignage appliqué des titres. si, ça demande beaucoup de concentration. Si.
13h45 : C'est la fin. Mais hélas, on ne peut pas écrire 'The END" sur nos copies. ce serait pourtant jouissif.
14h00 : une heure d'avance, j'attends en dégustant des chamonix, encore et toujours. Non, je suis pas encore obèse. Pas encore...
14h12 : après avoir appelé la prof pour lui donner le sujet ("Hmmm, bien dans leur délire de mettre des trucs en rapport mais sans rapport en même temps". (Oui, je vous donne la substantifique moelle de son propos)), m'être gelée le temps de mettre un pull en plus (c'est quoi ce temps de merde, sérieux ?), de retour vers Laplace.
15h20 : RER, métro, déjeuner... et je me motive sur Americano pour la philo. Oui, quel sens de la rime et de la poésie (huhu). À demain pour de nouvelles aventures ... philosophiques !



JOURNÉE 2 :

8h45 : Je m'installe, au bon étage cette fois !
8h58 : Tout le monde est prêt en B6, un lourd silence s'installe.
8h59 : Très lourd.
9h00 : Trop.
9h03 : "procédez à la distribution des sujets" : le surveillant général lève les copies comme une offrande aux dieux. La moira s'abat sur nous, trop tard pour changer le fatum commun. Si nous avions su... Au fond, ils auraient pu mettre "Toute philosophie est-elle poétique ?" Au moins, nous aurions ri.
9h04 : Qu'est-ce qui est hors la loi ?
9h05 : Quelque part, je remercie Lucky Luke d'exister, il fera mon introduction. Vive le Far West, vive Mesrine l'ennemi public numéro 1 ! Non, je rigole, je ne suis pas folle à ce point-là.
9h10 : Certains jours, je me demande ce que je fais là. Pourquoi je suis là.
10h10 : Ne jamais se laisser abattre. Telle est la devise qui me donne la joie d'avoir mes auteurs et mon plan.
10h45 : L'introduction elle, refuse de lâcher prise. Je la menace d'un passage par la case prison. Car oui, penser au Monopoly peut aussi aider. Quand on fraude les impôts, c'est hors la loi. Huhu, j'ai trouvé une distinction entre le criminel et le champ d'application de la puissance législative, je suis heureuse.
11h00 : Après la dégustation d'une merveille culinaire qu'est le biscuit Pick Up (j'aime avoir des biscuits qui font un maximum de bruit quand on les ouvre), je commence.
11h05 : ma voisine de devant s'en va. Goodbye my friend...
11h30 : Cette fucking introduction n'a pas résisté. Enfin.
11h31 : C'est quand même jouissif de citer le Far West dans une copie de philosophique en espérant, que bon, ça passera.
12h15 : ma première partie est terminée. Un coup de Prométhée et d'Oedipe, les hors la loi favoris des khâgne. Et comme ça, on reste dans la thématique littéraire. Oui, j'en suis fière.
12h30 : j'entame la deuxième partie. La plus longue. Celle ou je parle de l'arrêt de la Cour de Cassation sur "homicide volontaire sur personne morte". Je vous promets que ça existe, et ça faisait très bien dans mon concept du quand-ce-qui-est-hors-la-loi-entre-dans-le-champ-d'application-de-la-loi-puisqu'il-est-l'origine-de-sa-promulgation.
12h33 : je regrette de n'avoir pas le talent d'un certain K. pour les concepts. L'a-légalité, la supra-légalité, ça fait chouette. Congrats.
13h20 : la deuxième partie est évincée.
13h25 : Et voici la der des der, la troisième partie dont les auteurs sont invariables, que le sujet parle de la "puissance du poireau contre la carotte" ou bien des méfaits juridiques d'un trop-plein de chocolat. Rawls, Habermas et Hegel, mes nouveaux meilleurs amis depuis trois mois. Pour ceux que ça intrigue : tout est possible, ne l'oubliez pas. Je ne dévoile jamais mes plans.
13h57 : la 10e personne (à peu près) vient de partir. Des moyens courageux que je félicite quand même.
14h20 : Après avoir commenté à rédiger ma conclusion au feeling, comme je le fais rarement en permanence, je prend ma 6e feuille de brouillon (il paraitrait que mes brouillons ressemblent à un cours d'après les dires de mes camarades). Ca finit souvent sur un délire métaphysique du style "L'ile perdrait alors ce qui constitue son essence: un territoire de tous les possibles." ou alors "Le poète ne doit pas oublier qu'il s'adresse avant tout à des êtres humains, [ses] semblables, [ses] frères." (la dernière est celle que j'ai mise hier. Beau non ?) Mais l'inspiration ne vient pas.
14h21 : Si, c'est bon. Mais j'ai pas réussi à faire dans la beauté métaphysique. Kierkegaard n'était pas dans ma tête sur le moment.
14h29 : Je vais rendre ma copie. Ma convocation a disparu.
14h31 : Grosses lunettes et pull rose, on va pas être d'accord.
14h32 : lunettes de mouche l'a retrouvée. Ouf. Je ne suis plus emprisonnée.
14h25 : Il ne me reste plus qu'à attendre les gens dans un froid glacial... En discutant avec une gentille demoiselle, j'ai découvert qu'il existait des prépas de moins de 20 personnes. Les gens, je vous envie. Il y a environ un tiers de ma classe à qui je n'ai jamais adressé la parole, ou alors involontairement (mais pas de manière philosophique).
18h00 : Une chose est sûre : si nous tombons demain sur l'urbanisme, on aura eu le tiercé gagnant.


JOURNÉE 3 :

8h35 : J'arrive.
8h37 : Je pose mes affaires.
8h38 : Petit coucou à S. une lectrice à quelques tables de moi ! C'est toujours sympa de vous rencontrer en vrai. Les B6, si vous passez par ici, faites-moi signe.
8h40 : Révisions de dates dans l'escalier avec F., il n'est jamais trop tard. Bonjour d'une autre S., venue nous éclairer de son sourire.
8h57: Après l'éternelle annonce, le silence de mort s'installe. Encore looooong.
8h59 : L'offrande recommence, cette fois tête de fouine est morte de rire.
9h03 : Populations, pouvoirs publics et hygiène en Europe de la fin du XVIIIe aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Merci de nous avoir évité les femmes, l'urbanisation, l'hôpital ... Et de nous avoir donné un sujet bien large (que nous avions déjà fait quasiment huhu, c'est-à-dire qu'on avait eu "Hygiène et hygiéniste en Europe").
9h30 : mon introduction est jetée sur le papier. Pas de lyrisme. Soyons sobres. Elle vent du rêve.
10h30 : pfiou, le plan au complet. En histoire, on sent le cerveau qui cherche et les neurones qui brûlent.
10h45 : Début de la rédaction. Mon poignet se prépare. Un Pick Up pour se mettre en forme, une gorgée d'eau (c'est dans ces moments-làsqu'on pense au mec de l'agrèg avec ses deux bouteilles de rouge. Où est mon gin ?) et lançons-nous. Autant d'adrénaline qu'un abordage, sauf que les gens dont on parle sont déjà morts.
12h00 : la première partie est là, elle se déroule sous mes yeux dans ses six pages et je trouve c'est mieux que Rembrandt et de Hooch réunis (Balzac représente).
13h15 : la même jeune fille qui part tous les jours à la même heure après ses deux copies doubles part. Serait-ce la même que l'an dernier ? Ce mystère doit être éclairci.
13h16 : Ma voisine en diagonale fait des sous-parties monolithes de deux pages. Le correcteur va mourir.
13h17 : C'est reparti après un Pick Up pour la troisième partie.
13h35 : J'ai mal au dos. Aie.
13h36: En fait, je suis à moitié couchée sur ma table. Failed.
13h37 : Je me frotte les yeux et merde : le crayon noir et le fard à paupières beige sont sur ma copie. Re-failed. Prenons un deuxième Pick Up pour me consoler.
14h30 : Ouh ouh ouh la conclusion !
14h31 : Ah non. J'ai oublié de dire plein de choses. Comment les intégrer ? C'est là que le rêve de l'introduction se transforme en cauchemar.
14h32 : Après "Une semaine pour tout changer", voilà "5 minutes pour rajouter ce que tu as zappé". Mais sans papier peint à poneys violets et autocollants roses sur les murs (j'imagine toujours la tête des gamins un an après la décoration de la-grosse-blonde-dont-je-citerai-pas-le-nom.
14h45: I did it.
14h55 : Maintenant que ma conclusion non métaphysique (nous sommes en histoire, soyons sérieux deux minutes) est torchée, je me suis faite avoir et doit rester. Un gros quart d'heure de relecture m'attend.
15h02 : C'est dingue cette manie que j'ai de barrer les mots et de récrire au dessus au lieu d'utiliser l'effaceur. J'suis un peu con parfois.
15h03 : On se lève (et la marseillaise alors ?
15h05 : LA VOILÀ TA KASSDÉDI LE BLOND ! Et maintenant, tu peux casser le vent, car le matin c'est important. En sortant de concours aussi (d'où le texto ?) Ne vous inquiétez pas, il va se reconnaitre.
18h00 : Je suis au tel avec E., j'ai regardé la moitié de Rien que pour vos cheveux (oui, c'est aussi mauvais que le titre, mais c'est drôle. À la fin, le terroriste devient vendeur de chaussures, et la Palestinienne et l'Israélien se marient et ont beaucoup d'enfants.) et bon, c'est pas que je surkiffe pas la Deutschland mais voyez, penser à Goethe ne me met pas en émoi. Ou alors j'ai dû mal comprendre Werther, et peut-être que quand il pleure devant Charlotte, en fait il y a autre chose. Ou pas. Bonne chance pour les langues ! J'espère devenir bilingue d'ici demain. Dites-moi que vous aussi.



JOURNÉE 4 :

8h40 : L'angoisse, la vraie, ma meilleure ennemie me prend les tripes. C'est l'allemand. Et moi l'allemand, je maitrise pas.
8h45: Bonjour à deux compagnons de combat en train de réviser des fiches d'histoire et de vocabulaire.
8h50 : Après m'être assise, ma voisine me demande si je mange des Chamonix. Bien vu, c'est moi. Mais tu ne me reverras plus jamais de ta vie, c'est fort dommage. À moins que tu ne fasses version + commentaire de grec et spécialité géographie.
8h51: L'éternel petit discours, suivi de son long silence.
8h58 : Je suis très déçue. L'offrande n'a pas eu lieu.
9h03 : C'est parti. Heinrich Heine, Gemäldeaustellung in Paris 1831. Heine, c'est un petit rigolo. Mais dans ce texte, il en a beaucoup moins l'air.
10h30 : Parce que les choses bougent (c'est la minute philosophie du jour), la version cette année est bien mieux.
10h40 : Une rébellion belge ? Mais de quoi ce texte parle ? On devait pas traduire une description de la liberté guidant le peuple ? Hiiik.
11h00 : La version est faite, recopiée au propre.
11h10 : Pause gouter. Je tends de plus en plus vers l'obéisse comme dommage collatéral.
11h20 : Go go go ! C'est pas que je ne sois pas motivée, mais bon...
11h45 : Autant mon introduction est venue sur un coup de bilinguisme soudain, autant là, je n'ai absolument plus aucune idée. Plus de mots. Plus rien. Mon cerveau est en panne sèche.
11h47 : On se reprend.
12h00 : Il me reste trois heures, c'est tout bon.
12h01 : Voilà, tout se remet en marche.
12h36 : Voisine de diagonale me lance des regards sournois. Tu veux ? Une photo dédicacée ? C'est envisageable. Moi aussi je t'aime.
13h30 : Plus que ma dernière partie et la conclusion. Il est fourbe ce Heine. Un coup on croit qu'il adore le peuple, un coup le peuple c'est un ensemble de putes et de voleurs, un troisième coup c'est les aristos les méchants.
14h20 : C'est parti pour la relecture. Ma conclusion fait 5 lignes, pour de l'allemand je trouve déjà ça fabuleux, à la limite de la magie noire.
14h45 : Trousse rangée en quatrième vitesse.
14h46: "Au revoir mademoiselle". Et oui, je quitte la B6 et ses honorables concitoyens.
14h48 : Sortie pile avant le gong.
15h05 : J'attends dehors. les gens devraient commencer à sortir.
15h15 : Pourquoi personne ne sort ?
15h16 : Je rencontre S., dans ma classe en première et terminale S. C'est toujours agréable de voir de vieux compagnons de combat.
15h35 : De désespoir, j'appelle les gens. Tout le monde est dans le RER. Les gens sont sortis par la porte de derrière. je me suis faite avoir. Fuck. Je hais la solitude.
15h45: Je suis à Denfert. Cette conclusion est moins un échec que l'an dernier, mais c'est pas le Graal. En espérant que le grec et la géographie, ce sera mieux.
17h30 : Après avoir eu E. et G. au tel, je regarde Daybreakers. Les vampires règnent sur le monde et les humains vont disparaitre. Du coup, plus de sang. C'est la merde.


JOURNÉE 5 :

8h20: arrivèe à Denfert, je vois les télés avec un afficahe jaune "RER B" Mon sang se glace.
8h20 et quelques dixiêmes de secondes: Je sprinte dans les escaliers pour choper le premier train, avant que la moira ne s'abatte sur moi.
8h21: sauvée. Le sang regagne mes mains et mon cerveau.
8h30: aujourd'hui, il semblerait sue le cru a repris de sa fraicheur après 4 jours de pause révisions assidues comme on pouvait. C'est la feinte : les versions sèches en B, les commentaires en D.
8h35: décidément, il faudrait que je me mette au sport. Porter le Bailly sur 5 étages devrait trouver sa place dans les épreuves olympiques.
8h36: pfiou, les trois dernières marches.
8h37: j'entends des gens discuter. "Ah, dans le commentaire il faut aussi traduire un bout de texte ?" Mon petit, j'espère que c'est une blague. Même ma naïveté (pourtant assez élevée) n'atteit pas ce stade.
8h40: Je m'installe.
8h42: N. Le sent bien sur le monologue d'Ajax de Sophocle. On lit.
8h47: Après utilisation de la vision périscope, il semblerait que nous soyons 36 en grec. C'est la folie furieuse !
8h49: une surveillante veut nous faire ranger les trousses. Sans porte-vonheur à proximité immédiate de ma copie, je meurs. Donc non. Moment de rebellion.
8h50 : les éternelles instructions sont lues.
8h53 : mais le haut-parleur beugue. Ou bien est-ce le monsieur ? Une crise cardiaque donnerait plus de piquant à l'épreuve.
8h57: Il faut AUSSI enlever les post-its qui marquent les lettres. Bon, j'en n'ai pas. Je regarde mes camarades les ôter d'un air rageur. En même temps, le dictionnaire qui se trouve devant moi ne m'appartiens pas. Les tags dedans ne sont pas miens. Je vis depuis trois ans sur un emprunt à taux réduits à T., ce qui m'assure, dans un futur proche, un vide sur l'étagère du bas de ma bibliothèque dans lequel je vais pouvoir ranger la trilogie Hunger Games (lue en une journée et demie, sisi).
9h02: Here we go. Euripide, Cyclope. Un Tragique quoi. Mes meilleurs potes en grec.
10h05: la version est prête dans ma tête. Il faut dire que 12 lignes, ça nous change de l'entrainement de warrior qu'on a eu pendant l'année. Et même pas tarabiscotée la version. C'est le plus beau jour de version de ma vie.
11h00: la version est au propre. Je jette un coup d'oeil à N. (d'H4 en version/commentaire de grec on est les seuls), plongé dans la lecture du Bailly.
11h45: ça y est, j'ai le plan et l'introduction.
11h46: pause déjeuner. Pompotes et Coqueline Trois Chatons. Ma voisine de droite semble avoir un sandwich jambon/beurre en sa possession. Je le veux !
13h30 : j'attaque la troisième partie du commentaire. Mais avant, une pause s'impose. Et il faut que je lorgne un surveillant pour avoir une copie en rab.
13h33: Got it. Le monsieur me demande si une comie suffira. Tkt mec, c'est du grec. Pas de la philosophie poétique. Je saurai me maitriser.
14h07: c'est la minute cruciale. La conclusion d'inspiration métaphysique.
14h08: tu seras ou tu seras point.
14h09: on vire dangeureusement vers la deuxième solution.
14h25: Le virage a été détournée, je m'en suis sortie.
14h30: Je rends ma copie, et le sujet. Ils sont étranges quand même de demander le sujet une demi-heure avant la fin. Quoique pour les versions, je peux comprendre. Mais en histoire, c'est pas la dernière demi-heure qui va chabger ta copie et faire de ta problématique une rrvolution dans le monde de la recherche historiographique contemporaine.
14h31: "Il ne faut jamais écrire en rouge dans une copie mademoiselle." LOL. J'ai mis la pagination en rouge, comme l'an dernier, comme toutes mes copies. Et ma copie n'a pas pour autant une tronche d'arc-en-ciel sanguinolent (j'aime mes métaphores).
23h00 : Je vais dormir. Géographie demain, ça va être douloureux, je le sens. Mais les iles comme thème, ça donne au moins des idées de destination de vacances.



JOURNÉE 6 :

7h30: On se lève pour le der des der, la vraie de vraie puisque je ne ferai pas une quatrième année.
8h35: Encore au premier rang ! Décidément, je suis condamnée. 
8h36: Finalement, je me rends compte que je peux étendre mes jambes sans gêner personne (bon, si je fais tomber un surveillant ce sera même un peu drôle).
8h37 : Mieux que les porte-bonheurs, la trousse tigre pour ranger les crayons de couleur. Car la géographie, c'est du coloriage avant tout!
8h45:  Le chef de salle tente de dire quelque chose au micro. On se croirait à la poste. On comprend rien. 
8h46: Il s'évertue à nous dire des choses que nous savons déjà. Il doit être noveau le pauvre. Contrairement à nous. Un ou deux ans d'expérience, un concours ne s'oublie pas.
8h50: Je profite du aut-parleur qui beugle ses instructions par intermittence (oui, le micro inter-bâtiments a décidé de faire la fête hier soir, forcément ce matin il avait la gueule de bois et était aphone par moment. Ce qui a eu le mérite de détendre l'atmosphère) pour tenter de repérer des compatriotes. Je suis bien entourée, je pense m'en sortir psychologiquement.
8h51: Franchement, mes voisins ont l'air plus sympathiques qu'aux épreuves précédentes.
8h55 : Le chef de salle nous répète ce que le micro nous disait déjà. Pitié.
9h01: "Habiter une île"
9h02: J'aurais vraiment dû élire le corrigé sur "Vivre dans une ile". Certes, il était mauvais. Mais c'était toujours ça.
10h30: le problème de la géographie, c'est qu'entre la dissertation et les schémas, c'est une véritable course contre la montre. Le compte à rebours est lancé, j'ai quatre heures et demies.
11h45: Ma première partie est finie, agrémentée de deux beaux schémas. Enfin, JE les trouve beaux.
11h46: Un coup d'oeil à la copie de mon voisin: mandieu, il écrit ses titres dans sa copie ! Je pensais que c'était rédhibitoire. Il faut croire que non. Par contre, ses schémas vendent du rêve. Précis, pleins de couleurs (pas une touche de blanc). J'admire.
12h30: J'en suis à la moitié de ma deuxième partie. Je m'accorde une rapide pause goûter, mais genre hyper rapide.
13h40: J'aborde la troisième part métaphysique de ma dissert. La partie commence à se corser sérieusement entre la géographie et moi.
14h59: Ouf, dernier mot de ma conclusion. Je l'ai échappée belle. Mais pas le temps de relire.
15h20: Kassdédi au Normand qui compare sa copie à un soufflé. Un SOUFFLÉ. Je vois plus ça comme une partie de Tétris. Caser le plus de choses possibles dans le moins de pages possible en essayant de gagner des points. 
22h00: Après être allée voir Le Prénom (c'est vraiment très drôle comme film, je vous le conseille) et être allée diner au jap, je me rends compte que c'est fini. Trois ans de prépa, trois concours. Vendredi, entretien Sciences Po. Et puis après, je reprends les cours, la routine recommence. Verdict le 7 juin. Quoiqu'il en soit, cette expérience va me manquer. Bonnes vacances (aussi) !

43 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai fait la même, tu me rassures !
Merci, je sens que je vais écumer ton blog, cette semaine
Khourage :)

Someone_PM a dit…

MERDE POUR LA SUITE HEIN !

Anonyme a dit…

12h20 : j'ai toujours pas commencé à rédiger...et je maudis les gens comme toi autour de moi!

Alexandre a dit…

J'ai passé l'épreuve aujourd'hui, dans des conditions similaires… et j'ai tapé le sujet pour voir, je tombe ici.
Je vais bien rire pendant à peu près deux semaines : merci !

MARIEKE a dit…

Anonyme 2 : tu m'en vois fort marrie !

Suky Tawdy a dit…

Je...merci. Pour la référence à Sherlock.

Laink a dit…

Oh... je suis en B6.

Mention spéciale au surveillant ramasseur de déchets. J'espère que je vais pouvoir l'étudier toute la semaine, lui, parce qu'il est pas normal.

Anonyme a dit…

Je ne suis donc pas la seule à avoir eu l'impression de rendre un des trucs les plus nullos de ma vie?

Alleluia! \o/

Bon, prêt(e)s pour la phiLOL, vil(e)s khâgneux/ses de France et de Navarre? :D

Anonyme a dit…

Je suis en C6, et pour le coup, y'en avait des déserteurs au bout de deux heures !

PS : Sympa, la petite référence à Sherlock !

Anonyme a dit…

J'ai tapé le sujet hier et je suis tombée sur ton blog. Du coup j'ai été tentée de revenir aujourd'hui. J'ai aimé aussi l'offrande aux dieux en B6 mais j'ai cru qu'il allait pas réussir à l'ouvrir son paquet --'. Bref je repasserai demain pour voir à quel point l'histoire t'as inspiré.

Ash a dit…

Mais mais... TANT DE HAINE ! Aussi bien les sujets que de porter un pull rose nom des tout puissants!
Mais bon, Baudelaire à tout rattrapé: les mygales, les étages, aller plus haut, le mec qui a inventé les sujets composés d'une seule phrase, sur une seule page et qui vous demande d'en faire 10.

Sarah a dit…

Hahaha ! J'avais suivi ton compte rendu l'année dernière, mais celui-ci est encore plus cool (peut-être juste parce que je fais parti de l'aventure ^^). Il se trouve en plus que je suis aussi dans la B6 d'Arcueil ! Fou non ?
Je vais d'ailleurs être obligée de te contredire dans les comptes des départs : hier, sept personnes sont sorties entre 11h et 12h (non, je n'étais vraiment pas inspirée), et aujourd'hui quatre. Et je fais parti des moyennement courageux qui ont péniblement rendu une copie au bout de 4h30 de compo ce matin. C'était dommage.

Et bien à demain alors ^^

Li An a dit…

Attends, attends, tu m'as perdue à Arcueil, là... (trop de mauvais souvenirs qui refont surface ! Des trucs mêlant sept étages à monter et de la macroéconomie - pas un bon mix).
L'encre sur le front, le nez, les joues, je connais aussi. Quant aux sujets... euh, tu as eu du courage !
Dans tous les cas, l'article est très drôle !

Anonyme a dit…

N'oublions pas aussi le délicieux bruit du vent...
Mention spéciale également au chef de salle et son tic qui consiste à donner des coups de tête latéraux à l'homme invisible.

Jolene. a dit…

Tu as du courage... rien que de lire tout cela, j'en ai le tournis, haha.

Anonyme a dit…

Bon le programme d'histoire n'était donc pas "hygiène et santé" mais "hygiène ou santé"!

Anonyme a dit…

Ben chez moi on est tous courageux, personne ne sort avant 5h50 minimum. Je dois avouer que c est assez decourageant.

Anonyme a dit…

Bateau ce sujet.. autant dire que tout le monde a du rendre à peu près le même plan bateau avec les mêmes arguments. Même si c'est réussi ce sera plongé dans la masse de tous les autres qui ont aussi "plutôt réussi". Je me demande comment ils vont réussir à départager ça... c'est déprimant.

Anonyme a dit…

Sujet déjà fait... Comme à chaque fois dans les prépas parisienne non ? Quand on voit ce qui se trame à LLG en ce moment, on se demande si passer le concours, ce n'est pas parfois être "hors la loi"...

MARIEKE a dit…

Les profs, théoriquement, s'ils vont aux réunions des jurys, arrivent à cerner les sujets. Les femmes était tombé l'an dernier, le jury comporte un spécialiste de l'urbanisme donc ça n'allait pas tomber... Ils allaient mettre un sujet large comme à chaque fois que ça ne tombe pas sur la France; en fin de compte, il ne restait plus tant de sujets possibles... Une question de flair.
Nous, on avait eu "Hygiène et hygiénisme" : c'est pas totalement la même chose mais ça aidait beaucoup quand même, notamment pour le plan.

Après oui, j'ai des amis d'amis qui sont à LLG, et apparemment ils avaient à peu près tout fait / eu un cours dessus, on va peut-être finir par trouver ça louche. Mais l'and renier, j'avais trouvé que le concours avantageait salement les cubes. Donc bon.
Bonne chance pour la suite et mettons l'amertume de côté, ça ne sert à rien dans ces moments-mà.

Anonyme a dit…

Sans parler de ceux qui vont trois aux toilettes en moins d'une heure (même pas pour remplir une bouteille d'eau)... louche:

Saou a dit…

Hello! :) Ca fait perpette! Alala concours ENS deuxième édition.

Bref, lorsque j'ai posté la photo de moi montrant mes crocs, j'étais méga motivée pour continuer mais... Bien sûr y a un mais, j'ai fait une depri post-rupture peu de temps après qui m'a rendue blasée.

Maintenant je vais mieux et les photos s'accumulent sur mon mac donc là je vais sérieusement m'y remettre. OUI OUI OUI!

Et félicitationS pour ULM!!!! :D

Anonyme a dit…

et voilà adieu salle b6 !

Anonyme a dit…

J'ai une question (un peu) débile: ça ressemble à quoi un chamonix? J'ai même cherché sur internet mais rien à faire, on ne tombe que sur la station...

MARIEKE a dit…

Tape sur google "chamonix biscuit"

Sarah a dit…

Les lyon vont avoir besoin de courage, justement ! Je me console en me disant que MOI, j'ai fini le concours lundi à 14h mouahaha. (On se console comme on peut)

Anonyme a dit…

Bon, je suis presque triste de te quitter, tes petites remarques acerbes vont me manquer... Mais bon des fois il vaut mieux avoir une tête de fouine plutôt qu'une tête d'hiboux... Sans rancune !

MARIEKE a dit…

Hahaha meuf, bien joué ! Bon courage pour la suite !

K. a dit…

a lire tout ça, je me dis que vous êtes tous profondément atteints de vous infliger ça, et accessoirement que j'ai la dalle, tes pick up me font rêver, plus que Baudelaire, Hegel et tous ces allumés. Comme dirait le sage Karadoc "la joie est dans le jambon : ya pas trente-six recettes du bonheur"
sur ce, je vais me préparer un petit casse-dalle

La meuf qui voulait des Chamonix a dit…

Ah merci! Je me sens beaucoup mieux. J'avais taper "chamonix nourriture" "manger chamonix" "chamonix goûter" "chamonix barres" (genre barres de céréales) mais pas "chamonix biscuits!"
Sur ce, bon "repos" avant la suite!

Anonyme a dit…

oh mince moi je suis Lyon; mais alors je ne t'aurais donc jamais vu en vrai ! , je n'aurais même pas eu d'autographes! :) t'étais vers le fond de la salle ou vers l'entrée? Parce que moi jétais vers le fond (où on se fait arracher la copie en quelques secondes!) et il me semble avoir vu des Chamonix à un moment donné..

* oui je révise le Cone Sud à 3h30 du matin *

MARIEKE a dit…

J'ètais 3e rangée sur la gauche quand tu rentres dans la salle, à 10 tables du fond. Hier je suis partie 20min avant la fin : duffle-coat kaki, sac à main bordeaux, sac en toile Sandro pour le Duden, collants noirs et bottines beige... Ptetre que tu m'as vue !
L'esprit de la Terre de Feu est avec toi. Don't worry.

Anonyme a dit…

ah la la j'étais dans la même rangée, mais plus à l'avant, dommage!

merci, l'esprit de Terre de Feu était effectivement avec moi!
"Façades maritimes et intégrations territoriales dans le cône sud" !

Anonyme a dit…

La voisine de droite qui t'as demandé pour les chamonix c'est moi :) Ton blog est cool, bon courage pour la suite !

La meuf qui vient de commencer... a dit…

Eh ben... Je regrette tellement les hangars! Ici les tables sont toutes petites (la mienne est bancale, ouais j'ai le seum), on crève de chaud, on commence pas à l'heure, le mec lit le règlement en entier, je suis vers le devant, du coup j'ai pas d'amis repères dans mon champ de vision (bon ok, ça c'est pas de leur faute, c'est la répartition alphabétique qui change)...
C'était le message grincheux du soir!

Anonyme a dit…

C'est bête, j'étais bien partie pour réviser demain, puis là, j'attends qu'un cyclope apparaisse -morbide curiosité s'il en est. Parce que c'est drôle, d'exiger d'Athéna qu'elle arrive "vuv vuv" (nous rappelons aux candidats de ne pas faire l'économie des signes diacritiques).

Nym a dit…

J'vais bien et toi ? :)

J'ai un ami qui passe aussi le concours de l'ENS. 5e étage. Ahaha. Mais je ne pense pas que vous vous connaissiez...

Enfin, chai pas.

Il s'appelle Arthur.

C'est aujourd'hui la dernière épreuve, non ?

Je t'embrasse.

MARIEKE a dit…

Un Arthur au 5e étage; il doit en avoir plusieurs. Non, désolée...

Anonyme a dit…

Eh oh: les oraux!! C'pas fini l'ENS hein, t'auras un sursis!

Anonyme a dit…

kikoo

MARIEKE a dit…

Kikoo oui, ça résume bien l'ensemble.
@ anonyme du 25/04: en espérant avoir le sursis "Oral"

Anonyme a dit…

Alors, admissible à Normal? J'espère sincèrement que oui... :)

Anonyme a dit…

Et les résultats ?